- 1898 La Première Course Automobile en Périgord

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La Première Course d’Automobiles en Périgord 

2 mai 1898

Périgueux - Mussidan - Bergerac - Lalinde - Le Bugue - Périgueux

 

 

« Messieurs le comte de Fayolle et L. Didon, les chauffeurs Périgourdins bien connus organisent, avec le concours du Véloce Club Périgourdin, une grande course d’automobiles pour le mois de mai prochain ».

Telle était l’information qui figurait en première page des deux plus grands journaux sportifs de l’époque : « Le Vélo » et « Le Journal des Sports ».

« L. Didon raconte :

« Pierre Griffard dirigeait la revue du Vélo, et j'avais le très grand honneur d'être son correspondant à Périgueux, correspondant à double titre : j'envoyais des informations au journaliste et des truffes au gourmet. Un beau jour, par suite d'un envoi au gourmet j'ajoutai ceci : "j'ai l'intention d'organiser, avec M. le Comte de Fayolle une course d'automobile à Périgueux; ce serait pour le mois de mai prochain, je serais très heureux de vous avoir en cette circonstance car le Périgord a des coins intéressants à visiter ».

Quelques jours plus tard en lisant le journal combien je regrettai mon imprudence, et ce que je maudis l'indiscrétion de ces journalistes qui ne respectent rien!

Deux minutes après, j'étais auprès de monsieur le Comte de Fayolle. Je lui tendis le journal, j'attendis.

Il le lut, me regarda :

« - Où diable avez-vous pris que nous allons organiser une course d’automobile? » Timidement, je lui expliquai mon imprudence et je fus bien obligé d'avouer qu'en effet je caressais depuis longtemps l'espoir de voir le Club organiser une course d'automobile qui donnerait un certain relief à notre Club, qui serait un des premiers de province à faire une manifestation de ce genre, etc., etc.

Le Président répondit :

« Enfin nous voila obligés de marcher, puisque c'est annoncé ».

Bravo, ça y est, ma course aura lieu et réussira, puisqu'il l'accepte, puisqu'il veut bien l'organiser. Et je partis plus gai que je n'étais arrivé. »

Voilà comment Louis Didon Maistre traiteur et secrétaire du club fut à l'origine de notre première course d'automobiles il y a 120 ans. (1898-2018)

Pour l’événement les vitrines des grands magasins de Périgueux sont pleines d’objets d’art, bronze et bijoux qui devront distribués aux vainqueurs. La ville est en effervescence. C’est une très grande fête et un événement d’importance, c’est le comte de Dion qui en assurera la présidence.

Le 29 avril, tous les concurrents étaient là, dont G. Leys de Cannes avec sa Panhard spéciale de plus de 25 000 francs. Monsieur Didon de Périgueux s’est spécialement fait faire pour la circonstance une voiturette Bollée de… 3 chevaux.

A 16 heures, suivant la Bollée présidentielle du comte de Fayolle, pavoisée du fanion vert et jaune du V.C.P. un imposant et bruyant convoi de véhicules - 35 ou 36 - défile sur les boulevards, laissant derrière lui une épaisse fumée blanche parfumée à l’huile de ricin…

1898, Les concurrents Allées de Tourny

1898, Les concurrents Allées de Tourny

1898, le 1er mai allées de Tourny

1898, le 1er mai allées de Tourny

- La Course -

Le 2 mai, à 8 heures précises, le départ est donné à la première inscrite. Les autres partiront par deux de minute en minute. Le ciel est incertain et la pluie fera partie de la course ; il y aura même des trombes d’eau entre Bergerac et Le Bugue. 

C’est Monsieur Leys qui passe le premier la ligne d’arrivée en 3h42 mn, le dernier mettra 7h22 mn soit à … 3h40 mn du premier.

1898, Départ route de Bordeaux

1898, Départ route de Bordeaux

Quelques accidents sans gravité eurent lieu tel que bris de pignons et de roues, moteur grippé ou simplement abandon au Bugue à cause de mauvais temps.

1898, les concurrents  Allées de Tourny (2)

1898, les concurrents  Allées de Tourny (2)

1898, le 2 mai

1898, le 2 mai

Mais l’événement majeur de cette importante course est l’accident mortel du Saut du Chevalier qui fait du marquis de Montaignac le premier MORT en COURSE de l’HISTOIRE de l’AUTOMOBILE

Je vous laisse le récit de l’accident par Frantz Reichel, célèbre chroniqueur sportif qui couvrait l’événement. Récit qu’il tenait du comte de Dion - délégué de l’Automobile Club de France et fabricant des célèbres voiturette De Dion Bouton - qui porta les premiers secours et organisa le transport des blessés.

 

1898, pont de la cité Périgueux

1898, pont de la cité Périgueux

1898, l'arrivée

1898, l'arrivée

1898, le vainqueur M. Leys

1898, le vainqueur M. Leys

- Récit de l’accident -     

« Voici exactement de quelle façon les choses se sont passées :

MM. Montariot et de Montaignac étaient les deux derniers concurrents à partir. ils avaient reçu le départ à une minute de distance. A trois kilomètres de Périgueux, M. de Montaignac dépasse son concurrent et n’a-t-il pas l’idée de vouloir serrer la main en passant, à son rival moins vite que lui ? M. Montariol, monté sur une petit Benz, dirigeait de la place de gauche, comme cela se fait dans les voitures de ce type. Cette position anormale lui a sauvé la vie.

En effet, lorsque M. de Montaignac l’eut accroché en le chassant sur la droite de la route, où tous deux devaient culbuter, M. Montariol, dérivant sur sa droite mais étant assis sur le siège de gauche, put sauter à terre. Son mécanicien seul roula dans le fossé avec la voiture.

Le marquis de Montaignac, effrayé du malheur qu’il venait de causer, se retourna (à 28 à l’heure) pour en juger les conséquences, et dans le même instant il était entraîné lui-même vers le talus de droite, que sa voiture franchit, l’entraînant ainsi que son domestique sous son poids de 800 kilos, et lui cassant les reins, les poignets, la jambe. Ce fut pitoyable.

M. de Montaignac passait pour n’être pas conducteur très habile. Son imprudence le prouve un peu. Il l’a d’ailleurs regretté lui-même avant de mourir. 

Aucun argument contre les vitesses en course ne peut donc être tiré de cette malheureuse catastrophe.

On pourrait dire qu’elle confirme une fois de plus qu’un conducteur d’automobiles ne doit jamais lâcher sa direction - surtout pour aller donner une poignée de main à son concurrent alors qu’il le dépasse ! » 

 

1898, Accident du 2 mai

1898, Accident du 2 mai

1898, Accident n°31

1898, Accident n°31

- Procès Verbal -

Je vous laisse à penser le désespoir des organisateurs et la douleur des concurrents. Les premiers ont rédigé le procès verbal suivant :

«  Le malheureux accident qui a attristé la course de Périgueux a trouvé un écho dans le cœur des concurrents et des organisateurs de cette épreuve. Le jury, néanmoins, après une enquête sérieuse et sur l’affirmation de la victime elle-même, désireux d’établir toutes les responsabilités, tient à affirmer que cet affreux accident qu’il déplore a pour cause une imprudence, un moment d’inattention du regretté marquis de Montaignac. Les voitures marchaient à ce moment à une vitesse modérée sur une route plate et libre de tout obstacle. Il a fallu une imprudence de la victime pour causer cet irréparable malheur.

Périgueux, 3 mai

Les membres du Jury

Comte de Dion, président ; Rousset, vice président ; marquis de Chevigné, président du Cyclament ; marquis de Fayolle, président de la société Hippique ; A. de Lachapoulie ; Paul Meyran ; Nouailhac-Pioc, ingénieur des Ponts et Chaussées ; de Barry.

Les concurrents ont fait une souscription pour couvrir de fleurs le cercueil du marquis de Montaignac, la première victime en course du sport automobile.

8 heures 45.

Je viens de revoir le mécanicien Hézard. Le brave garçon est un peu moins souffrant ; la fièvre le brûle, mais ses angoisses sont quelque peu calmées. On espère qu’il survivra à ses blessures. »

Frantz Reichel

- Reflexion -

Aujourd’hui où les accidents de voiture sont nombreux ; l’événement ne passerait certes pas inaperçu mais serait vite oublié. Ce ne fut pas le cas à l’époque et longtemps après la presse en faisait encore état. De nouvelles règles de conduite furent prescrites.

 

pour l’Automobile Club du Périgord Classic, Jean-Claude Duthil (Président de l’Automobile Club du Périgord)